Renault acte la fin de l’Alliance « inégale » avec Nissan

Un communiqué commun a annoncé, mardi soir, la fin de la société d’approvisionnement en commun, pierre angulaire de l’alliance franco-japonaise. C’est l’aboutissement logique des accords de rééquilibrage aux dépens de Renault, conclus en février dernier. Place à des projets au cas par cas. Les synergies risquent de se réduire vite.

Un bref communiqué qui marque la fin de l’Alliance franco-japonaise telle qu’elle a fonctionné pendant 24 ans ! Renault a annoncé mardi soir que « l’organisation de l’alliance (Renault-Nissan-Mitsubishi Motors) va passer d’un modèle globalement unifié à une coopération par projets, adaptée aux exigences de chaque région« .

Une phrase tordue pour enterrer la société d’achats commune APO (Alliance Procurement Organization). Créée en 2001 avec pas moins de 85 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2022 et dirigée par le Français François Provost, APO sera en effet dissoute. Chaque constructeur reprendra ses billes. En réduisant sa part à 15 % dans Nissan, Renault ne peut plus avoir de filiale commune avec son partenaire japonais, explique un porte-parole de l’entreprise française. C’est la logique des accords préliminaires conclus en février dernier.

Renault avait alors annoncé qu’il réduirait sa participation clé de 43,4% dans Nissan… à 15% seulement. A parité désormais avec le Japonais. C’est la fin des « traités inégaux », comme les qualifiait la presse japonaise en référence aux accords imposés par l’Occident à la Chine au XIXe siècle. La principale implication est que « Renault ne contrôle plus Nissan », comme l’admet déjà le constructeur au losange.

Ces nouvelles parités seront effectives une fois créée la fiducie où Renault placera une partie de ses actions Nissan. Les accords définitifs devraient être signés en novembre prochain. Détenu directement à 34% par Nissan depuis 2016, Mitsubishi Motors restera, lui, contrôlé par son compatriote.

Nissan-Renault, projet par projet

Ainsi, la Grande Alliance dominée par Renault a été remplacée par des apports mutuels ! Les trois sociétés vont désormais travailler au cas par cas sur des « projets communs concrets » en matière de véhicules et de technologies, explique Gilles Le Borgne, directeur de l’ingénierie de Renault, à Challenges. Plusieurs sont en cours, comme la commercialisation par Mitsubishi de véhicules Renault sous sa marque en Europe, la vente par Nissan d’utilitaires Renault également sur le Vieux continent, ou La future petite voiture Nissan Micra est produite à Douai (Nord), sur la même plateforme Alliance (CMF-B) que la prochaine R5.

La Micra fera ses débuts en 2026. En juillet dernier, Renault, Nissan et Mitsubishi Motors ont annoncé de nouveaux projets majeurs en Amérique latine, en Inde et en Europe, qui visent à offrir aux membres de Alliance pour obtenir des résultats mutuellement bénéfiques, vastes et tangibles. Les trois entreprises de l’Alliance convenaient aussi de « s’appuyer mutuellement en matière d’électrification et de technologies à faibles émissions« . Dans le cadre de cette collaboration, Nissan s’est engagé à investir jusqu’à 600 millions d’euros dans Ampere, la nouvelle entité de Renault dédiée aux véhicules électriques, « devenant ainsi un investisseur stratégique et détenant un siège à son conseil d’administration ».

Des synergies qui risquent de se réduire

Terminé les grandes ambitions communes, place au pragmatisme. Les projets communs risquent toutefois de se réduire. Les économies d’échelle également. Après avoir longtemps été limitée à environ 500 millions d’euros par an, la valeur de la collaboration Renault-Nissan n’a approché que les 3 milliards d’euros en 2013, soit huit ans de retard par rapport aux attentes formulées au début de l’alliance. La barre des 5 milliards n’a été dépassée qu’en 2015, pour atteindre 5,7 milliards en 2017, dernière année pour laquelle le chiffre de synergie a été publié.

Puis l’alliance a décidé de ne plus les accorder ! Avant son limogeage fin 2018 après son arrestation, Carlos Ghosn, PDG de Renault et président de Nissan et Mitsubishi Motors, avait déclaré son objectif de « doubler les synergies à 10 milliards d’euros” à horizon 2022. Mais las. En juillet dernier, Luca De Meo, directeur général de Renault, se félicitait beaucoup plus prudemment d’ »une base solide pour relancer nos opérations dans le monde sur les marchés clés, avec un potentiel de génération de valeur de plusieurs centaines de millions pour Renault, Nissan et Mitsubishi« . Pas la même ampleur. Suffisant pour Renault ?

Renault acte la fin de l'Alliance inégale avec Nissan

Renault a-t-il trop cédé à Nissan ?

A vouloir coûter que coûte sauver début 2023 l’Alliance au bord de la rupture, en passant sous les fourches caudines de Nissan aux exigences draconiennes, Jean-Dominique Senard a-t-il trop cédé à l’allié japonais rétif ? « Il fallait solder des accords baroques », expliquait le président de Renault à Challenges au printemps dernier. Le Français a certes participé fortement, mais en réalité « sans aucun droit de faire quoi que ce soit », comme le souligne Jean-Dominique Senard. « On a tourné la page de la fusion dont Nissan ne voulait pas, pour créer une vraie (nouvelle) Alliance », renchérit un membre des conseils d’administration du Français et du Japonais.

Jacques Aschenbroich, ancien président d’Orange et de Valeo, confirme que Jean-Dominique Senard a la conviction radicale que c’est la seule solution pour sauver l’alliance. En tout cas, les relations entre Renault et Nissan ont certainement changé depuis par rapport aux rapports répugnants de 2019. Amélioration durable ? Même alors, « ils se disputaient pour savoir ce qu’ils ne feraient pas ensemble », a déclaré un consultant qui travaille pour les deux constructeurs. L’alliance ne fait plus rêver personne, et ce n’est plus une histoire d’amour (et de haine). Mais le but est simplement de travailler au quotidien. Sans compétences ni rêves.

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